• Johanne Labbé

Les petits flocons 

Mis à jour : janv. 9

Ils tombent doucement sur la campagne estrienne en ce premier matin de l'an 2020. Leur mouvement du haut vers le bas est inexorable, rien ne peut leur permettre de rebrousser chemin. Ainsi avançons-nous, en âge, en apprentissages, en des lieux géographiques ou d'une quête intérieure à une autre au fil du temps. C'est en vain que nous chercherions à tout arrêter, ne serait-ce qu'un moment, histoire de tout garder en l'état, de ne rien perdre, de ne rien voir s'achever ou partir, de retarder quelque chose de difficile à faire ... Comme je m'étais écriée, après une contraction particulièrement éprouvante de la mise au monde de ma fille il y a quelques décennies (restons évasifs sur le nombre exact!): 《J'arrête tout! Je reprendrai plus tard》! Et comme elle avait fait fi de mon injonction, la vie, se riant de ma naïveté! Et Ô la belle enfant qui me fit bientôt oublier tout ce qui avait précédé!

Alors quoi? On regarde passer le train les bras croisés sous prétexte d'impuissance à arrêter le temps, sous la gouverne d'un prétendu destin? Que nenni pour moi en tout cas! On se bouge, on s'active, on influence le cours des choses par une pichenotte bien sentie à défaut de tout contrôler... Cette ride ne s'efface pas malgré les crèmes, onguents, mixtures, élixirs bios ou incantations sorcières? Même les rigoureux exercices faciaux prêchés une de mes amies ne la chassent point? Pire, elle se creuse une rigole, une crevasse, bientôt un ruisseau reliant le nez à la bouche, le coin de l’œil à la tempe? Eh bien assumons et rions-en, oui, rions, de nous-mêmes surtout, car après tout notre déni collectif anti-âge est si dérisoire!

Vieillir ressemble à la chute des petits flocons, on peut déplorer la corvée de pelletage qui s'ensuit, ou bien on peut trouver joli et apprécier la convivialité du pelletage de toute une rue de voisins se saluant, s'arrêtant un peu pour placoter, après avoir planté la pelle d'un petit coup sec dans le banc de neige.

Vieillir inclut la jouissance comme la souffrance, mais comporte des apprentissages tels qie peu de gens de mon entourage disent rêver de revivre leurs vingt ans.

《Vieillir heureux》 professe Marie de Hennezel, psychologue française qui a accompagné nombre de gens souffrants dans cette étape de vie, dont un certain François Mitterand, aussi démuni que tout un chacun devant les aléas du temps. D'aucuns lui objectent la souffrance physique ou morale. Bien sûr. Mais comme au yoga notre corps refuse un mouvement, une posture, et comme on nous conseille alors de simplement 《tendre vers, avoir l'intention de...》, sans pousser l'effort, je veux essayer de 《tendre vers un vieillissement heureux 》, de nourrir une telle intention et de travailler à sa réalisation?

C'est ce que la création m'apporte, des petits flocons de joie dans les tempêtes, que je souhaite partager au cas où elle éclabousserait ici et là, chez d'autres humains, dans un sourire, une réflexion ou un geste.

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